Un peu de logique

Quand on s'intéresse à l'économie, il faut toujours être méfiant vis-à-vis de ce que l'on peut lire ou entendre.
Beaucoup de spécialistes s'appuient sur la " science économique ", mais on peut contester le terme de science, tellement les discours d'experts sont subjectifs et teintés d'idéologie.
Pour que vous ne vous laissiez pas embobiner, et que vous soyez capables de repérer les erreurs (intentionnelles ou non) des autres (y compris les miennes !), je vais commencer par vous fournir quelques outils de logique.
En plus, ca pourra vous servir pour beaucoup d'autres domaines :)

Le raisonnement de base (le syllogisme pour les intimes :p )

Toutes les abeilles sont des insectes
Maya est une abeille
Donc Maya est un insecte

Autrement dit :
Si un animal est une abeille, alors c'est un insecte.
De façon général, on l'écrire de plusieurs manières :

Si A, alors B
A => B
A entraine B

Si cette relation est vraie, on peut en déduire la contraposée :

A entraine B REVIENT A DIRE " non B " entraine " non A ", par exemple :

" Si un animal est une abeille, alors c'est un insecte " REVIENT A DIRE " Si l'animal n'est pas un insecte alors ce n'est pas une abeille. "
" S'il est midi, alors il fait jour " REVIENT A DIRE " S'il ne fait pas jour, alors il n'est pas midi "
Ceci est toujours vrai, si A => B est vrai alors sa contraposée nonB => nonA est aussi vraie.

J'insiste car ce n'est pas le cas de la réciproque, que nous alors voir maintenant.

Si A => B alors la réciproque sera B => A.
Elle n'est pas toujours vraie (comment ça je me répète ??)
Quand on vous dit : " S'il est midi, alors il fait jour " vous ne pouvez pas en conclure " s'il fait jour, alors il est midi ".
" Toute abeille est un insecte " est vraie.
Sa réciproque " Tout insecte est une abeille " est fausse.

Un dernier exemple :
Les chiens aiment dormir, Rantanplan est un chien, donc il aime dormir.
La contraposée sera vraie :
Basile n'aime pas dormir, donc ce n'est pas un chien.
La réciproque ne sera pas forcément vraie :
Gus aime dormir, c'est donc un chien. FAUX, Gus est un canard.

Voilà, je pense que maintenant tout le monde a compris:, ne vous laissez pas avoir par des raisonnements faux du genre :
" Tous les passionnés de l'informatique sont sur Linux, comme toi t'y connais rien, Linux ce n'est pas pour toi ! "
Eh oui, parfois les raisonnements faux sont bien dissimulés ;).

Les paralogismes

Les paralogismes sont ces raisonnements faux dont je viens de vous parler, il faut souvent un peu d'entrainement pour les repérer. Il en existe deux types, les formels et les informels.
L'article de wikipédia est très bien fait, je vais donc en recopier une partie ici.

Début de copie de l'article de wikipédia

Les paralogismes formels :
Considérons un syllogisme célèbre :
1. Tous les hommes sont mortels. (Première prémisse, A = " homme ", B = " mortel ".)
2. Socrate est un homme. (Deuxième prémisse, C = " Socrate ".)
3. Donc Socrate est mortel. (Conclusion.)
On peut former les paralogismes formels suivants :
Affirmation du conséquent
1. Tous les hommes sont mortels. (A ? B)
2. Un âne est mortel. (C ? B)
3. Donc un âne est un homme. (C ? A)
La deuxième prémisse est vraie, mais on ne peut pas en tirer la conclusion (il aurait fallu C ? A et non pas C ? B).
Négation de l'antécédent
1. Tous les hommes sont mortels. (A ? B)
2. Un âne n'est pas un homme. (C ? non A)
3. Donc un âne est immortel. (C ? non B)
Ici encore, la deuxième prémisse est vraie, mais on ne peut pas en tirer la conclusion. On ne peut tirer une conclusion que de la négation du conséquent, raisonnement dit par contraposition (ou modus tollens) : seul le raisonnement " si A ? B, alors non B ? non A " est correct. Voici un exemple de contraposition correcte :
1. Tous les hommes sont mortels. (A ? B)
2. Un caillou n'est pas mortel. (C ? non B)
3. Donc un caillou n'est pas un homme. (C ? non A)
Incohérence
L'argumentation contient une contradiction. Cela signifie nécessairement qu'une erreur a été commise, reste à savoir laquelle… Par exemple :
1. Je ne suis pas dans le même wagon qu'Albert.
2. Albert n'est pas dans le même wagon que Bernard.
3. Donc je ne suis pas dans le même wagon que Bernard.
Ici, on n'utilise pas une implication, la relation " n'est pas dans le même wagon que " n'est pas transitive et ne peut être substituée à l'implication.

Fin de copie de l'article de wikipédia

Quant aux paralogismes informels, voici la liste de wikipédia, directement tirée du livre de Normand Baillargeron " petit cours d'autodéfense intellectuelle ".

Le faux dilemme

Il consiste à présenter deux alternatives comme si elles étaient les seules possibles, en occultant la possibilité d'une 3ème. Bien sur, sur les deux présentées, la solution qu'on défend est la meilleure.
Exemple 1 : " Si on ne diminue pas nos dépenses publiques, notre économie va s'écrouler "
Ici, on n'envisage pas une autre solution : augmenter les recettes publiques.
Exemple 2 : " - Pensez-vous que vendre les stocks d'or de la France soit une bonne idée ?
- Qu'est ce que je dois faire ? Laisser entrer notre pays dans la faillite ? "
Exemple 3 : " Vous ne voulez pas de croissance économique ? Vous voulez alors revenir à l'âge de pierre ? "

La généralisation hâtive

La généralisation hâtive revient à prétendre quelque chose à partir d'un cas particulier.
Exemple : " Vous voyez cette dame que j'ai rencontré hier, elle m'a dit vouloir travailler plus pour gagner plus, vous voyez que les français soutiennent mes réformes ".
Ici, il est évident que trouver une personne (qui n'est surement pas prise au hasard) ne suffit pas à démontrer la chose ! Il faut faire l'étude sur un grand nombre de personnes.

La fausse piste :

Ce stratagème consiste à vous faire changer de sujet subtilement, il est très utilisé en politique mais aussi par les enfants, champion du monde de la catégorie :) .
Exemple 1 :
" - Ne joue pas avec ce bâton pointu, tu vas te blesser
- C'est pas un bâton papa, c'est un laser bionique "
Exemple 2 :
" - T'as encore oublié d'acheter du pain en rentrant !
- Oh ca va, si tu savais la journée que j'ai passée ! Figure-toi que … "

L'attaque personnelle :

L'attaque personnelle revient à attaquer directement la personne pour éviter de devoir réfuter ses arguments :
Exemple : " Jacques a tort quand il prétend que Dieu n'existe pas car c'est un fieffé gredin. "

L'argument d'autorité (ainsi que l'appel aux proverbes et à la " sagesse populaire ")

Dans la vie, on ne peut pas tout connaitre et être expert en tout. Il nous faut alors, pour certains problèmes, faire appel à des autorités. Cependant, il faut se méfier des experts, et ceci dans trois cas :

  1. L'expert n'a pas l'expertise qu'il prétend avoir (on comprend que c'est problématique ! :) ).
  2. L'expert a des intérêts dans ce dont il parle, comme c'est souvent le cas des scientifiques qui font des études sur les OGMs.
  3. L'expert discute d'un sujet dont il n'est pas expert, sans le prévenir.

Exemple :
" M. Michel Dupont, expert en géophysique ………. Qu'est qu'un scientifique comme vous pense des mesures gouvernementales sur le bouclier fiscal ?"
Michel Dupont, comme tout citoyen, a le droit de se prononcer sur ce sujet. Cependant, il parle en tant que citoyen et non expert.
Une dérive de ce paralogisme est l'utilisation de proverbes. Un proverbe n'est pas un argument en soi, d'ailleurs beaucoup se contredisent :
" Qui se ressemble s'assemble " et " les contraires s'attirent "
" deux ca va, trois, bonjour les dégâts " et " la troisième c'est la bonne "

Le raisonnement circulaire

Le raisonnement circulaire revient à conclure ce qu'on a posé comme hypothèse.
Exemple : " - Dieu existe, puisque la bible le dit
- Et pourquoi devrait-on croire la Bible ?
- Parce que c'est la parole de Dieu ! "
Et hop ! La boucle est bouclée :

Post hoc ergo propter hoc

Ce qui en latin signifie " après ceci, donc à cause de ceci ", on confond ce qui s'est passé avant avec la cause.
Exemple : " J'ai gagné 1000 € au casino le 16 aout 1998, depuis je vais au casino tous les 16 aout. "

L'appel au peuple, la " loi du nombre "

Ce paralogisme revient à faire passer pour vrai ce qui est admit par la plupart des gens.
Exemple : " - Pourquoi prends-tu cette bière ?
- C'est la bière la plus vendue en France ! "

Les paralogismes de composition et de division

Dans ces paralogismes, on affirme que si un tout possède une propriété, alors ses parties aussi et inversement.
Hein ??
Des exemples pour vous éclairer :
" Cette rose est rouge, les atomes qui la compose sont donc rouges " paralogisme de division
" les atomes qui composent la rose sont incolore, elle est donc incolore " paralogisme de composition
" Voici les vingt meilleurs joueurs de foot du monde, ensemble ils formeraient la meilleure équipe du monde "
" 1 et 3 sont impairs, le résultat de leur addition sera donc impair "

L'appel à l'ignorance

Lorsqu'on ne peut pas démontrer quelque chose, on conclut que ca n'existe pas.
Eh bien non, si vous affirmer la phrase précédente, c'est que vous avez commis un appel à l'ignorance involontaire. Quand on ne peut pas démontrer quelque chose, la logique nous oblige à ne pas conclure, ou alors à conclure qu'on ne peut pas conclure :) .
En résumé, une proposition est fausse quand on démontre qu'elle est fausse,
et une proposition est juste quand on démontre qu'elle est juste.
Si aucune des deux démonstrations n'est faite, on ne peut rien dire.
Exemples : " On ne peut démontrer que Dieu existe, donc il n'existe pas "
" On ne peut démontrer que Dieu n'existe pas, donc il existe "

La pente glissante, ou théorie des dominos

La pente glissante, en référence aux toboggans des parcs aquatiques, est un paralogisme très répandu.
Lors d'un débat, vous essayez de défendre A.
Votre adversaire, très malin, va vous répondre que A va entrainer B, qui va entrainer C qui entrainera D, or D est dramatique. Bien sur son raisonnement est trop rapide, les " entraine " sont loin d'être évidents, mais D fait tellement peur aux gens que tout le monde est contre vous. Par exemple, si vous parlez avec certains américains d'une loi contre le libre port d'arme aux Etats-Unis, ils vont vous répondre que si on commence à faire une loi là-dessus, il y aura bientôt une loi pour ceci, une autre pour cela, et qu'ils finiront par vivre sous un régime totalitaire.
Exemple :
" - Pourquoi ne pas limiter les gros salaires ?
- parce que si on fait ça les patrons partiront tous, nous n'aurons plus personne pour diriger nos entreprises, elles feront alors toutes faillite et le chômage augmentera de 20 points ! "

La diversion (ou écran de fumée)

L'écran de fumée consiste à embrouiller quelqu'un, souvent à l'aide d'un vocabulaire pompeux. Il est utilisé par quelqu'un qui est en train de perdre le débat.

L'utilisation d'une caricature de l'argument que l'on veut contrer, ou " homme de paille "

Au Moyen-âge, quand les soldats apprenaient à se battre, ils s'entrainaient d'abord sur des mannequins en paille. Dans un premier temps, c'était plus simple :) .
Le paralogisme de l'homme de paille consiste à transformer l'argumentaire de votre adversaire en argumentaire de paille, afin de pouvoir le démonter plus simplement.

L'appel à la pitié

L'appel à la pitié consiste à plaider des circonstances particulières qui susciteront de la sympathie pour une cause où une personne, et donc d'être indulgent …
Bien sur dans certains cas, il faut prendre en compte certaines circonstances qui permettent de relativiser les fautes, mais dans d'autres cas on cherche simplement à vous enfumer :).
Exemple :
" Avant de critiquer le président, pensez qu'il a perdu son chien aujourd'hui même "

La menace, Appel à la terreur

Celui-là n'a pas vraiment besoin d'explications ^^

Exemples :
" Votre femme va bien ? Un accident est si vite arrivé. "
" Vous êtes raisonnable et vous conviendrez que vous ne pouvez pas vous permettre un procès "
" Je déjeune justement avec votre patron vendredi, j'espère seulement que la situation de votre entreprise ne devra pas exiger des licenciements "

Ne pas confondre : corrélation et causalité

Nous avons vu précédemment le lien de causalité. Si un évènement A entraine un évènement B, alors B est du à A, donc A est la cause de B.
A => B : A entraine B ou A cause B.
Il y a corrélation lorsque A et B sont souvent observés ensembles. Or, plusieurs situations peuvent entrainer cette observation :
A => B
B => A
ou
C => A et B
Dans les trois cas, nous sommes en présence de A et B. Retenez alors bien ceci : une corrélation ne permet pas de déduire une causalité. Ne vous laissez pas enfumer par les gens qui cherchent à vous faire passer des corrélations pour des causalités :) .