La grande crise de 2008

J'ai pensé qu'il fallait un dossier entier pour parler de cette crise mondiale.
Je vais reprendre tout depuis le début, du déclenchement à partir des prêts subprimes à la situation financière actuelle. Ensuite on se lancera dans des perspectives d'avenir.

Je vais tout de même laisser le dossier « subprimes » car je trouve qu'il simplifie bien le problème.
Mais je vais redire un peu les mêmes choses ici, en les approfondissant plus.

Acte I – Le château de carte de l'endettement

Pour comprendre cette crise, il faut étudier le fonctionnement du système.

Depuis la crise de 1973, le libéralisme est revenu en force, avec des dirigeants tels que Ronald Reagan et Margareth Tatcher.
On laisse les marchés s'auto-réguler, on intervient un minimum et on part du principe que si les banquiers travaillent dans leurs interets, ils vont faire en sorte qu'il n'y ait pas de crise banquaire.
On laisse donc la finance aux financiers, et la croissance sera au rendez-vous. Ce fut le cas.

Seulement, les époques prospères rendent les gens un peu trop confiants. Ils prennent plus de risques, cherchent à gagner plus d'argent …

Concrètement, des imprudences incroyables ont étés commises !

Les Subprimes

La plus connue de toute est celle des subprimes. L'idée est simple : les pauvres sont pauvres, et de plus en plus de gens sont pauvres.
Je suis un banquier et je suis un peu embêtés car je gagne de l'argent en faisait des crédits, et maintenant je tombe surtout sur des familles trop « risquées ».

On réunit tout le monde et on trouve des idées. Et voilà ce que les inventeurs banquaires ont trouvés : les subprimes.

Le mot parle de lui-même (enfin pour un américain :) ). En effet, « prime » est le mot utilisée pour qualifié un emprunt normal. Et la on est en dessous du « normal », c'est de moins bonne qualité.

Cependant, tout banquier que je suis, je ne suis pas fou, je ne donne pas de l'argent à des gens si je suis sur qu'ils ne vont pas me rembourser. Je prend alors 2 précautions.

Déjà je règle des taux d'intérêts assez forts pour compenser les ménages qui ne pourront pas rembourser : si je gagne plus sur les uns, je peux me permettre de ne pas me faire rembourser par les autres.

Exemple :
Tout se passe sur 20 ans
En temps normal je prête à des ménages surs à 5%.
En tout j'ai prêté 1 000 000 000 de $, ça me rapporte donc 50 000 000 par an pendant 20 ans, et à la fin du remboursement j'aurais récupérer mon milliard, j'aurais donc
1 000 000 000 + 50 000 000 * 20 = 2 000 000 000 $ .

Là je donne à des ménages moins sur, et je prévoie que 30% d'entre eux ne me rembourseront pas.
Je prête cette fois à 10%.
Je devrais gagner 100 000 000 $ par an.
Cependant 30 % d'entre eux ne me rembourse pas, donc seulement 70% me paie des intérêts.
Je gagne donc 70% de 100 000 000 $ par an, donc 70 000 000 $.
Au bout de 20 ans j'aurais donc récupéré :
700 000 000 + 70 000 000 * 20 = 2 100 000 000 $. Je serai même plus riche que si j'avais prêté à des ménages « sans riques » (après tout dépend des taux d'intérêts).

On peut en penser ce qu'on veut, il n'y a rien de bien nouveau là dedans.
Beaucoup d'agences font des prêts sur ce principe, avec des techniques d'approche très discutables, mais les subprimes présentaient une autre particularité, celle d'être un crédit hypothécaire.

Quand on fait un crédit hypothécaire, on met un de ses bien (sa maison, sa voiture, sa rolex) en garantie. Donc si on peut plus rembourser, la banque vous prend votre maison et la revend pour se rembourser.
C'était le principe de ces prêts subprimes, sauf que là c'était la maison qu'on achetait qui était en garantie.

Je frotte donc mes mains de banquier : je vais encourager les gens à acheter leur maisons, je vais pouvoir ramasser des intérêts importants, et s'ils ne peuvent pas payer je leur prendrais leur maison et la revendrait pour me rembourser.
En plus comme l'immobilier monte depuis 15 ans je gagnerais de l'argent dans l'histoire. Un plan parfait !

Presque parfait …

En réalité il y a trois problèmes dans ce plan (au moins) :

  1. les prêts on été fait à taux variables (c'était pas 10% mais ça pouvait varier entre 6 et 14%), indexés sur les taux de la FED, qui sont passé de 1 à 5.5% entre 2004 et 2006. Les intérêts se sont donc vite envolés et beaucoup de ménage n'ont pas pu rembourser
  2. Si les prix de l'immobilier chutent, on ne peut pas rembourser le prêt même si on revend sa maison.
  3. Une fois que le système s'effondre, l'activité économique ralentit et de plus en plus de ménages ne peuvent rembourser, on entre dans un cercle vicieux.

De plus, une erreur de taille a été commise. Regardez la variation du prix de l'immobilier des USA depuis 1 siècle.

Valeur de l'immobilier aux USA depuis 1890

On s'aperçoit que les cours montent et descendent de façon régulière, or les modèles utilisées pour prévoir l'évolution des prix dans les prochaines années étaient basés sur les 15 dernières années.
Pour simplifier, on a fait comme si l'immobilier allait continuer de monter en flèche. Alors que si on regarde un peu plus loin on voit bien que ça marche plutôt par cycles.
Y a des périodes où ça monte, et puis ça descend brusquement, et ça remonte petit a petit.
Faire des calculs a partir des 15 dernières années était donc une erreur grossière.

Bon ok, les banques se sont plantées sur les prêts immobiliers, mais pourquoi l'immobilier américain à entrainer le monde dans la crise ??

C'est un bel exemple de l'effet papillon, il a battu des ailes dans l'immobilier américain maintenant une tornade ravage la finance mondiale.
En réalité, ce qui a étendu la crise au monde entier est le système de titrisation.

La titrisation

Mettons nous en situation :) :

Nous sommes une banque américaine.
On fait crédit subprimes à des familles, cela représente une certaine somme d'argent S.
A coté de ça on a aussi fait des prêts étudiants pour une somme de E.
Pour finir, on a acheté des bons du Trésor (on prête de l'argent à l'État contre des intérêts) pour un total de T.

En tout on a donc prêté S + E + T.
Dans la loi des banques, il y a une règle qui les oblige à garder une certaine somme d'argent en réserve.
Quand une banque prête 10000, elle est obligée de garder 1000 en réserve (en cas de problème).

Au passage, vous remarquerez que le système est prévu pour que il n'y ait pas trop de « problèmes ».

Mais ici les banques ont voulu prêter plus sans avoir à garder une somme en réserve, elle ont donc lancé sur le marché des titres.

Le principe est expliqué sur le schéma suivant :

mécanisme de titrisation

Explications :
Imaginons que S + E + T vaut 1 000 000
On a prêté en tout 1 000 000, 500 000 en subprimes, 200 000 aux Étudiants et 300 000 à l'État.
On découpe le tout en parts.
Après on mélange un peut tout et on recolle comme sur le schéma, on a donc créer 9 titres qu'on va revendre à des gens.
Ils vont donc nous donner en tout 1 100 000 (faut bien se faire une petit bénèf !) et en échange on va leur refiler une partie des intérêts que vont nous donner les gens qui ont emprunter chez nous (avec les subprimes, les prêts étudiants et les bons du Trésor).

On va dire que les subprimes sont très risqués, les prêts aux étudiants moyennement risqués et les bons du Trésor très surs.

Selon comment on mélange les petites parts, on obtient des titres plus ou moins surs. Pas de problèmes ! Plus y a de risques plus on donnera d'intérêts.

On est gagnant sur tous les points ! Regardez tous les avantages qu'on a :
  1. On a reçu plein d'argent en vendant ces titres, on a récupérer 1 200 000, on va donc pouvoir prêter 12 000 000, qu'on transformera encore en titres, et ainsi de suite.
  2. On va devoir payer des intérêts à ceux qui les ont achetés, mais c'est pas grave puisqu'on a prêté à des taux forts, on ramasse plus d'argent que ce qu'on paie.
  3. On a « transférer » le risque, on ramasses les intérêts mais ce sont les acheteurs de titres qui prennent le risque que ça marche pas.
  4. En plus, par miracle, les agences de notation ont donné une note de AAA à ces titres, ils vont se vendre comme des petits pains !

Bon c'est déjà assez compliqué comme ça, je ne vais pas vous dire qu'en plus des gros organismes ont achetés plein de titres, les ont redécoupés et les ont mélangés encore avec d'autres prêts ! A la fin c'était pas facile d'y comprendre quelque chose, du coup on regardait la note AAA, et vu les intérêts donnés, on achetait ces fameux titres.

Acte II - Le renversement

La bourse était donc rempli de ces titres.
Les traders se les échangeaient, et comme ils sont payés à la commission, ils étaient très attirés par ces fameux titres. La plupart des banques françaises en avaient achetés.

Mais voilà, la FED a augmenté ses taux, de nombreuses familles se sont retrouvés en « faillite », les banques les ont forçés à revendre leurs maisons, ce qui a boosté l'offre de logement, et selon la loi de l'offre et la demande, les prix ont encore plus baissés.

Les ménages, pour qui la valeur de leur maison était une garantie, se sont retrouvés dans une situation terribles, ils ne pouvaient pas payer les intérêts qui montaient, et les maisons ne valaient plus rien.

Donc le « on pourra toujours la revendre si on peut pas payer les intérêts », ça marche plus :(

Les banques recevaient donc de moins en moins d'intérêts, elle ne pouvaient donc pas fournir les intérêts des titres qu'elles avaient vendu. Certaines ont même fait faillite, et après plus personne n'est capable de rembourser personne, les premiers dominos entrainent les suivants. Et le système s'écroule.

Les banques se méfient alors de tous les titres, ne prêtent plus d'argent à d'autres ! Elles ont du racheter les titres « pourris » qu'elles ont vendues, et n'ont plus assez de réserve d'argent pour faire des prêts.


Après cela se répand dans l'économie entière, selon le modèle ci-dessous :

mecanisme

Les actions des entreprises baissent, et les banques refuse les prêts, c'est le « credit crunch ». Or le fonctionnement des entreprise repose essentiellement sur l'endettement (ou vu d'une autre façon, l'investissement) : celle-ci font souvent appel à des banques ou à leurs actionnaires pour financer l'achat de machine, la recherche et le développement de nouveaux produits, la publicité etc.
Or ces deux agents financiers (banquier et actionnaire) sont les plus touchés par la crise actuellement.
Les entreprises vont donc manquer de fonds pour soutenir l'activité.
Une fois les entreprises touchées, c'est l'économie entière qui bascule :

Le cercle vicieux est alors lancé, la seule solution qui reste est une intervention de l'Etat, afin de relancer l'économie. Celle-ci est d'autant plus difficile que les Etats sont déjà très endettés : on a pas fait attention quand la situation était favorable et maintenant qu'elle ne l'est plus, on se retrouve coincé.

Acte III – Le sauvetage général

Entre le plan Paulson, le plan Sarkozy, la garantie de 360 milliards etc. les interventions publiques n'ont pas manqué ces derniers temps. Avant de parler de l'actualité j'aimerais vous présenter ce qu'est un plan de relance.

Le plan de relance

Un plan de relance, comme son nom l'indique, a pour but de relancer l'économie. Pour cela, l'État injecte de l'argent dans l'économie.

Mais cet argent, il vient d'où ?

Pour l'État, il y a trois sources d'argent possibles :

  1. L'argent est prélevé par impôts, c'est la source la plus saine, car c'est la génération actuelle qui paye pour son économie. Cependant elle n'est pas adaptée à la relance ! Car celle-ci a pour but d'injecter de l'argent dans l'économie, donc si on en prélève pour en injecter, c'est moyen.
  2. Faire tourner la planche à billet, c'est à dire créer de l'argent pour l'injecter. Le problème de cette méthode est qu'elle crée de l'inflation (quand on augmente la masse d'argent, tout le monde en a plus, donc celui-ci vaut moins à l'unité !). Depuis la création de l'euro, les Etats (européen) ne peuvent plus le faire, il faut passer par des banques privées qui elles même passent par la Banque Centrale Européenne. Au passage, cette mesure a été prise pour éviter qu'un État fasse tourner la planche à billet dans son coin, ce qui ferait diminuer la valeur de l'euro et pénaliserait tous les autres États européens (qui eux n'auraient pas injecter d'argent dans l'économie mais subiraient tout de même l'inflation, ce qui reviendrai à n'avoir ni le beurre, ni l'argent du beurre).
  3. La 3ème solution passe par l'endettement : on emprunte de l'argent pour relancer l'économie actuelle ! C'est à dire qu'on mise sur l'avenir pour améliorer le présent (et qu'on fait payer les générations suivantes !). On peut pointer du doigt cette mesure, mais c'est malheureusement la seule qui nous reste. En fait le vrai problème c'est que même quand tout allait bien, on s'est endetté. C'est pour cela qu'on hésite à faire une relance plus conséquente.

Bon, une fois l'argent trouvé, il faut savoir dans quelle branche l'injecter … Pour cela on à deux solutions : dans les entreprises (relance par l'offre) ou dans les ménages (relance par la consommation).

Relance par l'offre

Pour faire simple, la relance par l'offre consiste à accorder des crédits aux entreprises, afin de favoriser l'investissement, cet argent est redistribué en partie sur les salaires, et donc permet de maintenir la demande.
Ce type de relance fait le pari que l'offre (les entreprise) créé sa propre demande (par le biais des salaires), ce qui a été remis en question par Keynes.
Le gouvernement français a choisi ce type de relance.

Relance par la consommation

La relance par la consommation consiste à fournir directement l'argent aux ménages, ou à forcer les entreprises à monter les salaires. Durant la période d'après guerre, les gouvernements ne juraient que par ça.
Ces relances ont tendance à générer de l'inflation. Mais le problème majeur reste que l'argent part à l'étranger. Car la moitié des produits que nous achetons proviennent de l'étranger.
Ces plans sont donc difficilement compatibles avec la mondialisation et le libre échange … parce qu'un pays qui fait ce type de plan relance en même temps les économies voisines … et donc moins la sienne (ce qui mène à des situations de stagflation pour les connaisseurs).

Pour faire un tel plan de nos jours, il faudrait donc que tous les pays le fassent en même temps … mais les pays européens n'ont pas réussi à se mettre d'accord là dessus.

Acte IV – les conséquences économiques

Acte V – Que faire pour éviter une autre crise ?